Scrying Glass – Beyond Sight

by Maxime

On oublie souvent un peu trop vite que le dungeon synth se veut être un genre musical électronique. Malgré son évident lien de parenté avec le black metal, malgré son courant revival qui fait la part belle à des sonorités et des ambiances folk, on ne saurait occulter le fait que tout un pan de la scène est, encore aujourd’hui, très attaché aux sonorités électroniques. Souvent, il convient de se replonger dans la discographie de Jim Kirkwood pour s’abreuver de ses séquenceurs et de la dimension très berlin school de sa musique. Mais parfois, ce sont des artistes actuels qui permettent d’accorder une seconde jeunesse à certains courants de musique électronique en les associant au dungeon synth. C’est évidemment le cas de Scrying Glass.

Il m’est bien difficile d’expliquer ce pourquoi les États-Unis jouissent des bienfaits d’une scène dungeon synth aussi fournie — ça en deviendrait presque agaçant —, car Scrying Glass est bel et bien un projet américain. Amis du dungeon synth lofi, ne vous laissez pas abuser par l’appellation électronique de l’album dont il est question dans ces lignes. Si Beyond Sight est effectivement une joyeuse mosaïque de ce que la musique électronique a pu nous offrir entre les seventies et aujourd’hui, cela ne signifie pas que le résultat est sombre et râpeux pour autant. C’est même tout l’inverse. La mention de Jim Kirkwood plus haut n’était peut-être pas aussi anodine que prévu.

Destiné à illustrer par la musique le cycle de la Terre mourante — saga de science-fiction écrite par Jack Vance entre 1950 et 1984 —, Beyond Sight est un album extrêmement riche et rompt à ce titre avec la coutume du dungeon synth électronique. Même des albums très électroniques au style relativement étoffé, citons ceux d’Unknown Dungeoneer et encore ceux de Jim Kirkwood, passent pour des modèles de dénuement à côté des cinq titres fournis que nous propose Scrying Glass. Cinq titres, certes, mais cinq titres pour près de trois quarts d’heure de réjouissances. Autrement dit, il y a à boire et à manger chez l’artiste américain. On se trouve ici face à quelque chose de similaire à ce que l’on peut entendre sur certaines vieilles bandes originales de film ou de jeu vidéo. Les titres sont riches et ne se contentent pas de répéter un thème d’un début à la fin. Le titre introductif en est un bel exemple.

Scrying Glass multiplie les influences et les sonorités pour faire de son premier album un disque étonnamment enthousiaste et foisonnant. Par moments — à commencer par « Rhialto the Marvellous » —, le controversé Space Race de Fata Morgana n’est guère loin, au moins dans l’esprit. Ceci étant, Scrying Glass n’est pas uniquement un petit barde hyperactif difficile à suivre du regard. Certains passages permettent ainsi une immersion autrement plus intéressante que le contenu globalement folâtre de Beyond Sight, citons ainsi le titre éponyme et « The Manse of Iucounu ». Finalement, le principal atout de l’album réside dans sa capacité à se montrer le plus vintage possible. Grâce à la justesse de l’assemblage des genres dont Scrying Glass est l’alchimiste, Beyond Sight se révèle sans doute comme l’une des grosses attractions de l’année, quand bien même il ne ferait pas du dungeon synth stricto sensu. Après tout, la communauté a déjà prouvé qu’il ne s’agissait pas là d’un critère primordial…

Un peu de berlin school et de new age par ici, un zeste de synthpop par là, et voici venir un album surprenant par sa fraîcheur. Ajoutez à cela une pochette aussi vintage que possible, et Beyond Sight fait mouche à bien des égards. Zack Dolin prouve ainsi sa compétence dès lors qu’il s’agit d’aller prospecter dans ce qui a pu se faire par le passé dans la musique. Pour sa première avec Scrying Glass, l’expérience a plus que porté ses fruits.

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