Saturnales – Splendor Solis

by Maxime

Au fil des années et des sorties de qualité, Saturnales a su s’octroyer une place de choix à la table des projets d’importance de la scène française. Entendons par là la scène formée par les projets ayant pour mode d’expression le dungeon synth et les genres musicaux dont il est de bon ton d’admettre la proximité. La particularité du projet – à savoir celle de toujours consacrer un album à une fête païenne bien précise – habitue son public à des ambiances très marquées. C’était évidemment le cas sur Hidors Malveis, comme nous avons pu le constater, et Splendor Solis entend lui aussi rendre hommage à une fête hautement symbolique, Mabon, traditionnellement célébrée au moment de l’équinoxe d’automne.

Sur le plan visuel, la discographie de Saturnales est assez contrastée. Si Beg et Foresgue ont eu droit à des pochettes de toute beauté, c’est un peu moins le cas pour les autres albums – une affaire de goût, évidemment. Ceci étant, le premier contact avec Splendor Solis se fait à l’occasion de la découverte d’une pochette réellement splendide, sans nécessairement forcer la comparaison avec le titre de l’album, et dont les tons introduisent parfaitement le contenu musical qu’elle entend illustrer. L’équinoxe d’automne, c’est la fin de l’été – de manière peut-être moins flagrante ces dernières années –, c’est-à-dire un déclin qui laisse place à une saison qui me semble encore plus allégorique. Un moment charnière en somme. Le défi était de taille, mais Saturnales l’a relevé avec audace en se permettant même, excusez du peu, de faire évoluer un tantinet son style sans perdre sa dimension intimiste.

Pas de panique, Saturnales n’a pas abandonné son folk ambient champêtre si réconfortant – bien qu’il le fût peut-être moins sur Hidors Malveis. J’entends par là que l’offre musicale proposée par l’artiste se montre plus riche. On sent l’ensemble plus travaillé, les instruments utilisés semblent plus nombreux qu’à l’accoutumée et Saturnales ne rechigne pas à s’installer dans une rythmique peut-être un poil plus cadencée. La chose est notamment audible sur le titre introductif. Ceci étant, Splendor Solis reste profondément naturel et dépeint la fin de l’été avec une humilité et un dénuement qui permettent au projet de rester une référence absolue pour tous les amoureux de l’isolement en pleine nature. Malgré la plus grande richesse proposée par Saturnales sur le plan sonore – rappelons que Mabon a aussi pour objet la célébration des récoltes et de l’abondance –, le projet ne tombe jamais dans le faste ou l’opulent, et c’est là le plus beau cadeau qu’il pouvait faire à sa musique.

À l’écoute de Splendor Solis, tout y est. L’espèce de langueur inhérente à cette période de l’année est dépeinte avec beaucoup de charme, ce qui n’est évidemment pas sans lien avec le très juste équilibre dont nous parlions, à savoir celui entre la plus grande richesse musicale et la conservation de l’esprit originel du projet. « Albedo » est l’illustration parfaite de ce que l’on attend généralement d’un album de Saturnales, de surcroît lorsqu’il a pour sujet Mabon. On s’imagine alors parcourir les champs dorés par l’action du soleil et profiter des dernières chaudes soirées de l’année. Par moments, on jurerait même entendre le grain fraîchement récolté être entassé dans le grenier. Inutile de préciser que Saturnales a toujours eu la bonne idée de sortir ses albums au moment desdites fêtes, ce qui a permis, en septembre dernier, de profiter dignement de la fin de l’été. Qui n’a jamais rêvé de faire sa sieste à l’ombre d’un hêtre, un épi de seigle entre les lèvres, au cœur d’une ambiance digne de la sublime « Sapience » ?

Ainsi s’achève Splendor Solis, un album qui permet d’envisager l’été et son crépuscule sous un jour moins écrasant que ce dont on a l’habitude avec cette saison autant attendue qu’appréhendée. Déjà le sixième album pour un projet véritablement au sommet de son art depuis la sortie de Foresgue voilà déjà deux ans et demi. Il ne reste ainsi que deux fêtes à traiter avant que Saturnales n’ait achevé sa formidable fresque, Imbolc et Litha. On attend évidemment cela avec beaucoup d’excitation, mais on espère malgré tout que cet accomplissement ne signera pas la fin d’un projet qui n’en finit plus d’émerveiller son monde.

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