Noir Donjon – Noir Donjon

by Maxime

Alors que la rédaction d’un article sur la période dorée du dungeon synth français – et sur son caractère révolu – sollicite le plus clair de mon temps libre, force est de constater que ces derniers mois, de nombreux projets plus ou moins rompus à l’exercice se sont appliqués à venir bousculer cet état de fait. Il est aujourd’hui question de Noir Donjon, projet melunais dont la première ne m’est apparue que suite à sa sortie physique chez le très respectable Vicious Mockery Records. Noir Donjon est d’autant plus étonnant et captivant qu’il semble chanter depuis une branche généralement délaissée par la scène française…

Malgré le nom peu inventif choisi pour son projet, l’artiste derrière Noir Donjon a su se montrer particulièrement créatif pour enrichir son premier EP d’une belle et sombre atmosphère. Celui-ci s’ouvre sur le très travaillé « Sombre Forêt », qui évoque davantage la pierre suintante d’un caveau perdu que le pétrichor de la forêt. Sur ce long titre, l’auditeur peut apprécier la vraie évolution des mélodies et des sonorités que l’artiste est parvenu à mettre en place. Mais surtout, on peut très clairement entendre la veine électronique au sein de laquelle Noir Donjon entend s’inscrire. Les séquenceurs occupent une place importante de ce premier titre, et la chose rappelle quelques grands noms du genre. Il y a assurément du Jim Kirwood là-dedans.

« Clair de lune à la lisière » se montre minimaliste dans la forme et dans l’esprit, mais pas moins séduisant pour autant, bien servi par cette ambiance mélancolique qui dure juste assez pour ne pas trop tirer en longueur. Le paysage sonore de montre de nouveau plus imposant lorsque le titre éponyme se joint à ses compagnons pour enlacer l’auditeur avec gravité. Là encore, les sonorités sont multiples et permettent de faire varier un autre titre très réussi par le climat très souterrain et incertain qui vient ceindre son public. Noir Donjon excelle dans sa volonté de proposer un dungeon synth fidèle à sa définition originelle, c’est-à-dire un dungeon synth enchanteur et dépaysant, mais qui ne perd pas de vue le berceau obscur et passéiste dans lequel il a été dorloté.

« À la fin ne restent que les fantômes ». Ainsi s’achève la première sortie extrêmement prometteuse de la part d’un projet dont on parlera très certainement de nouveau à l’avenir. Grâce à son style léché et aux atmosphères étonnamment prenantes qu’il est parvenu à créer, Noir Donjon a mis au monde un premier EP de grande qualité, sublimé – on l’espère – par quelque chose d’encore plus considérable dans les mois à venir. Pas de doute, nos régions ont du talent.

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