Necrocachot – Forest of Bones

by Maxime

On peut admettre que Necrocachot nous avait manqué. Après une année 2019 très intéressante marquée notamment par la sortie d’un excellent split en compagnie de son acolyte Dwalin, lui-même tout aussi talentueux, l’artiste français n’avait pas gratifié son auditoire d’une sortie en 2020. Cette année passée à travailler sur ce nouvel album a assuré porté ses fruits. Il fait ainsi son retour de manière on ne peut plus remarquée avec un Forest of Bones dont les douze titres lui accordent déjà une dimension très consistante. On retrouve ainsi avec un plaisir non dissimulé le dungeon synth brumeux si caractéristique de Necrocachot, dont l’apogée avait sans doute été atteinte avec la sortie de l’excellent Malfeu, riche d’une combinaison réussie avec le black metal.

Malgré quelques exceptions notables — à commencer par la plus extrême d’entre elles, The Canterbury Tales par Chaucerian Myth —, l’album longue durée lambda de dungeon synth nous habitue généralement à une grosse demi-heure de musique. Necrocachot a néanmoins mis sur la table quelque chose de bien plus conséquent. En effet, Forest of Bones atteint presque l’heure de contenu musical. Loin de se reposer sur un contenu enveloppant et répétitif, l’artiste est parvenu à faire en sorte que chacun des douze titres, ou presque, soit doté de sa propre identité. Outre les quatre « Waldweben », espèces d’interludes assez courts articulant l’album, chaque titre rend compte de sa densité et du travail qu’a nécessité sa création.

Une fois l’introduction passée, l’élégance et la majesté de « Chemins Oubliés » — par ailleurs seul morceau de l’album à jouir d’un titre en français — permet à l’auditeur de ne pas attendre avant de s’abandonner aux mélodies toujours très fines de
Forest of Bones. Sur ce titre, et la remarque est de toute manière valable pour l’entièreté de l’album, les percussions en arrière-plan se fondent parfaitement dans le paysage sonore. En somme, tout sonne toujours juste. Chez Necrocachot, que l’on ait affaire à la musique ou aux thématiques, la tendance a toujours été celle d’une appétence prononcée pour la noirceur, le mystère et la mort. Ceci étant, il est agréable de constater que certains titres offrent quelque chose d’un poil différent. Citons à ce titre l’excellentissime « The Hag Lair » et ses mélodies parfois sautillantes, ou encore « Path to the Hidden Citadel » et son évident caractère médiévalisant.

Le registre épique n’est d’ailleurs pas en reste, particulièrement dans la seconde moitié de l’album. Dès lors que l’on s’attaque aux trois ou quatre derniers titres de Forest of Bones, l’influence de quelque bataille ou campagne militaire se fait ressentir. La chose est perceptible autant dans les mélodies que dans le vocabulaire utilisé pour nommer les titres concernés. L’ensemble est très orchestral, et pour autant, Necrocachot ne tombe jamais dans l’excès, dans l’opulence de mélodies ou dans le grandiloquent. Là où la première moitié de l’album se permet dans un premier temps de développer un climat plus intimiste, la seconde vient offrir quelque chose de plus imposant. L’influence des Anciens est audible autant dans les mélodies que dans les sonorités utilisées, quand bien même l’ensemble serait très propre à l’oreille. Pour les adeptes des Anciens, justement, la reprise d’un titre d’Arden est une sucrerie à ne pas manquer.

La fresque proposée par Necrocachot ne laisse aucunement place à l’ennui ou à la lassitude. Malgré l’impressionnante longueur de Forest of Bones, aucun titre n’est là pour faire du remplissage, on n’est pas là pour baratiner. À l’arrivée, on se dit que ça valait largement le coup d’attendre un an et demi pour avoir entre les mains un album aussi conséquent et cohérent. Necrocachot prouve une nouvelle fois qu’il fait partie des tout meilleurs projets de l’hexagone, mais aussi qu’il peut toiser beaucoup de monde, depuis sa haute tour, à l’international. Forest of Bones est déjà l’une des grosses sorties de l’année.

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