Iskall – Winter Memories

by Maxime

La théorie selon laquelle les artistes d’une région donnée sont plus inspirés si ladite région peut se vanter d’une certaine beauté a souvent pu être vérifiée, dans le dungeon synth comme ailleurs. Et ça tombe bien, l’artiste dont il est question aujourd’hui nous vient de la belle Suède, dont les mérites ne sont plus à démontrer. Les amateurs le connaissent d’ailleurs sûrement par le biais de son projet phare, Werendia, une espèce de Lustre-like que l’on gagne vraiment à découvrir. Il est cette fois question d’Iskall — que l’on peut traduire littéralement par glacé, glacial —, projet dont la première émanation date du mois de mars dernier et qui verse dans le winter synth. Mais pas que.

Il est de bon ton d’affirmer que le winter synth se limite la plupart du temps à une succession de plages ambient plus froides les unes que les autres. En revanche, il est un peu malvenu d’y voir là de la pauvreté, certains artistes se montrant justement plus profonds que d’autres multipliant les polyphonies. Iskall est effectivement un projet de winter synth dans la mesure où il entend nous parler de forêts enneigées et de cols battus par les vents, sans compter que le format des titres qu’il sert à ses ouailles — des titres longs et propices au développement d’atmosphères lentes et introspectives — laisse supposer une appétence certaine pour le winter synth classique.

Cependant, à l’écoute des titres qui composent Winter Memories, on se rend rapidement compte que les mélodies jouissent d’une attention particulière et qu’elles donnent corps à de véritables évolutions au sein des titres, citons le premier d’entre eux. Sur le plan technique, on se doit également de noter une certaine richesse dans l’utilisation des sonorités. L’artiste se permet même un usage de percussions dans le troisième titre que tout puriste du winter synth intimiste qualifierait d’outrancier. On est ici loin des vagues tambours tribaux qui permettent généralement d’accentuer une atmosphère ritualiste. Iskall ne se bat pas pour cette bannière, il fait le choix d’un winter synth plutôt coloré et vigoureux. Loin des standards du genre, mais conforme à ce qu’il fait déjà très bien pour le compte de Werendia.

Les exemples d’albums à l’aura inquiétante et dont l’écoute donne des frissons ne manquent absolument pas. Winter Memories ne conte pas l’hiver rigoureux et menaçant, celui qui fait naître la peur et que redoutent les hommes. Il en dresse plutôt un portrait confortable et enchanteur, bien aidé par des mélodies lumineuses et cristallines. Après tout, tout le monde ne peut pas se laisser porter par l’image de l’hiver que véhiculent Til Det Bergens Skyggene ou Silent Cabin, deux projets différents mais dont la musique offre un voyage autrement plus noir que celui d’Iskall. En clair, le projet suédois parvient à trouver un juste milieu dont la nuance force l’admiration, et qui ne manquera pas de faire son petit effet au cœur d’un été qui promet, comme trop souvent, d’être chaud.

Un album très rafraîchissant — sans mauvais jeu de mots — que le dernier né d’Iskall, qui nous sert de nouveau un winter synth parfaitement réussi, à cheval entre les mélodies réconfortantes du dungeon synth et le froid revigorant du winter synth. Rien de réellement surprenant au fait de voir A. Virdeus réussir son coup, lui qui s’est toujours montré inspiré avec ses autres projets, mais il est au moins agréable de voir le vaste répertoire du winter synth s’étoffer avec l’arrivée d’un album qui renouvelle certains de ses codes.

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