Cavern – The Sword

by Maxime

Avec les années, le dungeon synth est devenu une vaste communauté se rangeant derrière un idéal thématique plus qu’un genre musical aux bornes claires et établies. Sa désormais richesse technique fait que l’on peut inclure en son sein nombre d’artistes qui ne s’y destinent pas a priori. Preuve s’il en est avec l’artiste Cavern, qui est français — nos régions ont du talent —, bien plus habitué au faste délicieusement esthétique de la synthwave qu’à l’isolement inhérent à tout artiste de dungeon synth. Pourtant, sa dernière sortie, intitulée The Sword, est porteuse d’un certain nombre d’éléments qui ravira n’importe quel amateur des manifestations vintage et électroniques du dungeon synth.

Si l’on voulait vraiment catégoriser The Sword, faisant fi de toutes les influences dont la sortie se nourrit, il faudrait commencer par distinguer le contenu musical de ce qui l’entoure. Si le titre de l’album, sa pochette et ses titres ne laissent aucunement place au doute quant au lieu de parenté avec le dungeon synth, c’est beaucoup moins évident dès lors que l’on s’attache uniquement à la musique. Cavern est un projet de grande qualité — par ailleurs plutôt sous-coté au regard de sa popularité sur BandCamp — pour fournir des albums riches en synthwave planante et introspective. On se trouve face à une espèce de cyber ambient minimaliste et résolument futuriste. Les sorties Starhawk 70 et Neon Skyline illustrent parfaitement cette direction.

L’artiste n’a pas changé grand chose à sa recette au moment de travailler sur The Sword. Les sonorités demeurent conformes à ce dont l’artiste a l’habitude, et l’ensemble brille toujours par sa mise en place d’un climat intemporel. Simplement, le fait de savoir que l’album a été construit de manière à coller aux préceptes du dungeon synth fait qu’on l’aborde d’une manière totalement différente. Plutôt que de s’imaginer au cœur d’une mégalopole déshumanisée au possible, on se plaît à visualiser le dédale d’un souterrain interminable. Les bandes sonores de retrogaming ne sont guère loin, quand bien même The Sword ne tomberait pas dans le chiptune. L’apogée de l’album se trouve sur le titre « Solar Genesis », sans doute le titre qui parlera le plus aux adeptes du genre. Le grain des sonorités couplé à la rythmique et aux mélodies rapproche Cavern d’un Skeleton War ou d’un Warduke. Des valeurs sûres en somme.

On pourrait se formaliser à la vue de la maigreur des éléments qui abondent dans le sens du dungeon synth. Effectivement, quelques sonorités et composantes thématiques, pour certains, c’est peu. C’est oublier un peu vite que le dungeon synth est un genre musical électronique, quoi qu’en disent les partisans des émanations les plus modernes du genre. Ainsi, même si Cavern ne fait pas du dungeon synth stricto sensu sur The Sword, on peut au moins lui reconnaître l’ingéniosité d’un album hybride qui intrigue grandement et qui nous fait nous questionner sur les frontières techniques de tel ou tel genre musical.

La sortie de la zone de confort a été bénéfique pour le projet français. Bien que le contenu n’ait pas connu de révolution à proprement parler, l’artiste a souhaité migrer vers quelque chose de plus proche du dungeon synth. La manœuvre est globalement réussie et l’on espère que l’expérience a fait naître une certaine avidité chez Cavern, car beaucoup de choses dans sa musique laissent supposer une certaine appétence pour les manifestations les plus électroniques du dungeon synth. En clair, on en redemande.

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