Arthuros – Goddess

by Maxime

Le dungeon synth, ça n’est pas uniquement le Moyen Âge sur cassette ou le chant de la forêt reproduit à l’aide d’un clavier bas de gamme. Parfois, des artistes particulièrement talentueux parviennent à le modeler de manière à produire quelque chose d’infiniment plus aérien que ce à quoi nous habitue la sortie moyenne de dungeon synth. Fogweaver en est un vibrant exemple et Arthuros appartient à la même catégorie de projets. Goddess a ainsi fait son apparition en début d’année en tant que quatrième sortie d’un projet dont le géniteur n’est autre que Lord Thornophox, que les adeptes d’Ekthelion et de Mournful Moon connaissent bien. Et si Ithildin avait à l’époque secoué son monde, ce dernier album semble placer la barre encore plus haut.

Difficile de catégoriser Arthuros avec justesse. Sa musique, riche d’une sincère beauté, dévoile parfois des émotions bien distinctes. Sans réelle surprise, Goddess aime jouer avec son auditoire, toutes proportions gardées bien évidemment. Au fil des titres, on fait d’abord face à une mélancolie tenace — qui n’est toutefois pas dénuée d’un certain charme —, avant d’être accueilli avec délicatesse par des titres plus enjoués et des mélodies moins éthérées. Citons le duo « Resisting Her Spell » et « Through Valleys of Charms ». L’ensemble est assurément très rêveur et nécessite plusieurs écoutes avant d’en déceler toute l’élégance. L’album et ses titres semblent d’ailleurs converger vers l’évocation d’une jeune femme dont on n’a aucun mal à se figurer la douceur.

On remarque que l’élégie n’est pas très éloignée de ce qu’Arthuros clame avec conviction, comme si une fascination aussi obstinée n’était pas sans douleur. Il est amusant de constater que l’artiste précise que Goddess est à écouter d’une traite, sans négliger la moindre seconde de ce chant du cœur, afin de ne pas dénaturer le climat très prenant qui y est mis en place. On approuve chaudement. Du début à la fin, cet album dégage quelque chose qui se situe bien plus haut que ce dont on a l’habitude dès lors que l’on parle de dungeon synth, genre musical parfois très rampant.

Cependant, cet album semble rapide. Pas qu’il soit trop court — on aimerait cependant que certains titres durent plus longtemps, à commencer par « Genesis of a New Goddess » —, simplement trop rapide. Il est assez rare d’avoir à faire ce genre de constat, mais les titres gagneraient parfois à baisser la cadence de manière à laisser la magie opérer. Goddess est un album splendide et personne ne trouvera à redire sur ce point, mais on se trouve parfois un peu frustré face à l’impression tenace que les mélodies semblent aller trop vite. Un ensemble plus calme et paisible aurait amené un surplus de sérénité tout à fait bienvenu.

Plus Arthuros avance, plus il semble s’approcher des étoiles. Du chemin a été fait depuis Ithildin, et l’artiste s’est considérablement éloigné du sol avec le temps. C’est de manière parfaitement méritée que l’album vient d’avoir droit à une sortie physique chez le très estimable Gondolin Records, qu’on ne présente plus vraiment. Goddess est un album dont on ne se lasse pas. Tout simplement. On en consomme, on en redemande. Tout est à garder dans cette formidable expérience. Les mélodies, l’enchaînement des titres, l’émotion, l’atmosphère. Du grand art de la part de l’artiste grec.

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